Bitkom : 54 % des Allemands veulent le portefeuille EUDI, seuls 18 % ont une eID activée — la vraie difficulté est l'activation

L'enquête Bitkom du 27 avril recadre le déploiement. L'intention est forte ; les identités activées ne le sont pas. 57 % des Allemands n'ont jamais utilisé la fonction en ligne de leur carte d'identité. Le verrou pour janvier 2027 n'est plus la notoriété, c'est le justificatif fonctionnel. Ce que cela change pour les commerçants, y compris pour les sites français qui servent une clientèle allemande.

Équipe eIDAS Pro
8 mai 2026
8 min de lecture

Une seconde enquête Bitkom, un autre problème

Deux semaines après l'enquête Bitkom du 13 avril 2026 — 52 % des Allemands n'avaient « jamais entendu parler » du portefeuille EUDI — Bitkom a publié, le 27 avril, une seconde enquête représentative qui pose une question différente. Non plus « le connaissez-vous ? », mais « l'utiliseriez-vous, et le pouvez-vous ? ». Les réponses recadrent le problème.

  • 54 % des Allemands se disent prêts à utiliser le portefeuille EUDI.
  • 18 % ont une eID activée avec un code PIN fonctionnel.
  • 57 % n'ont jamais utilisé la fonction en ligne de leur carte d'identité allemande.

Nous avons traité le chiffre du 13 avril et ses conséquences pour les commerçants dans un article distinct. Le chiffre du 27 avril n'est pas un raffinement de cette histoire : c'est le problème suivant dans la séquence. La notoriété est une lacune de communication qui se referme avec un budget marketing. L'activation est une lacune opérationnelle qui exige du client qu'il dispose, le jour où il arrive sur votre tunnel, d'un justificatif réellement fonctionnel. Les deux problèmes vivent à des endroits différents du tunnel et ont des fenêtres de correction différentes.

Ce que veut dire « activation » ici

L'Allemagne dispose d'une carte d'identité électronique depuis 2010. Toute carte d'identité allemande émise depuis novembre 2010 contient une puce sans contact avec la fonction d'identification en ligne (Online-Ausweis-Funktion). L'activation suppose que le titulaire ait reçu son code personnel par courrier — généralement quelques semaines après l'émission de la carte —, qu'il s'en souvienne, qu'il l'ait récupéré ou qu'il en ait défini un nouveau via l'application AusweisApp, sur smartphone ou ordinateur. Sans ce code, la carte reste une pièce d'identité physique avec une puce inutilisée.

Les 18 % désignent la part des Allemands qui peuvent, aujourd'hui, s'authentifier en ligne avec leur eID. Les 57 % « jamais utilisé » désignent la cohorte dont le code est perdu, jamais récupéré, jamais initialisé, ou rangé dans un tiroir à côté d'une carte dont le titulaire ne se souvient plus du PIN. Les quelque 25 % restants ont un code, l'ont utilisé au moins une fois, et s'en souviennent peut-être encore.

Le portefeuille EUDI s'adosse à cette base. Au lancement allemand le 2 janvier 2027, le portefeuille sera lié à l'eID, le flux d'activation utilisera l'eID pour vérifier le titulaire, et les justificatifs stockés dans le portefeuille dériveront d'attributs émis par l'eID. Un utilisateur sans eID activée ne pourra pas, le premier jour, se provisionner pleinement. Trois options : (a) retrouver et saisir un code oublié ; (b) demander un nouveau code via le parcours de récupération Online-Ausweis et attendre le courrier ; (c) prendre rendez-vous au Bürgeramt pour une réinitialisation. Toutes ces options prennent des jours, voire des semaines.

C'est cela, le déficit d'activation. Il se trouve en aval du déficit de notoriété. Il se trouve en amont du tunnel commerçant.

Pourquoi c'est un problème plus difficile que la notoriété

Les déficits de notoriété se referment avec une campagne de communication bien ciblée. Le président de Bitkom, le Dr Ralf Wintergerst, en a appelé une dans le communiqué du 13 avril. Si le BMDS, les banques et les grands distributeurs coordonnent un effort de notoriété au quatrième trimestre 2026, le chiffre « jamais entendu parler » peut plausiblement passer de 52 % à 25 % au lancement.

Les déficits d'activation ne se referment pas avec de la communication. Ils se referment quand chaque utilisateur, individuellement, à son rythme, accomplit l'une des trois actions logistiques avant d'arriver sur un tunnel qui exige le portefeuille. La mécanique est lente :

  • Une nouvelle demande de code par courrier prend en conditions normales deux à trois semaines, plus si les Bürgerämter sont saturés. Les Bürgerämter berlinois ont été en arriéré pendant des mois en 2024-2025 et la situation ne s'est pas significativement améliorée.
  • Un rendez-vous physique en Bürgeramt pour une réinitialisation peut dépasser un mois d'attente dans les grandes villes.
  • La régénération via AusweisApp suppose que l'utilisateur dispose encore du code de transport remis lors de l'émission — ce que la cohorte des 57 % ne retrouve pratiquement jamais.

S'y ajoute un élément structurel : la population qui veut le portefeuille (54 %) et la population qui a une eID activée (18 %) ne sont presque sûrement pas les mêmes personnes. Bitkom signale dans son communiqué un décalage démographique sans le détailler. Dans les enquêtes antérieures sur l'identité numérique en Allemagne, la cohorte « eID activée » penchait plutôt plus âgée, plus masculine, plus fonction publique, plus urbaine, là où la cohorte « enthousiaste du portefeuille EUDI » penche plus jeune et plus technophile. La demande et l'offre fonctionnelle sont désalignées.

Pour un commerçant, ce n'est pas une observation marketing : c'est la donnée de segmentation la plus importante publiée ce trimestre.

Ce que cela change pour les commerçants français

L'enquête est allemande. La leçon ne l'est pas.

Pour les commerçants français qui servent des clients allemands

Le commerce transfrontalier France-Allemagne est volumineux : plateformes, marketplaces, services en ligne, livraison, jeu en ligne, services financiers. Si vous opérez une boutique française qui livre en Allemagne ou un service en ligne accessible depuis l'Allemagne, vos clients allemands au premier trimestre 2027 ne disposeront pas tous, loin s'en faut, d'un portefeuille EUDI fonctionnel — non parce qu'ils n'en veulent pas, mais parce que leur eID sous-jacente n'est pas activée. La conséquence concrète :

  • Parcours allemand. Si votre tunnel intègre le portefeuille comme méthode de vérification, prévoyez explicitement un chemin alternatif pour la cohorte « envie + pas de PIN ». Une bascule vers un fournisseur de dépôt de pièces ou vers un parcours de vérification existant doit être en place dès la mise en production.
  • Communication client. Une mention courte avant l'étape de vérification, en allemand, qui indique que la PIN du titre national active le portefeuille — et qui renvoie vers le portail Online-Ausweis — réduit l'abandon.
  • Synchronisation avec les saisons commerciales. L'effet est saisonnier. Octobre-novembre 2026 est la fenêtre où une campagne de pré-activation par e-mail à votre base allemande convertit le mieux. Quand le portefeuille existe, cette fenêtre est déjà fermée.

Pour le marché français lui-même

L'analogie n'est pas un transfert direct. France Identité fonctionne avec la nouvelle carte nationale d'identité biométrique et a accumulé une base d'utilisateurs actifs depuis fin 2024. Les chiffres exacts d'activation ne sont pas publiés au même rythme que ceux de Bitkom, mais l'ordre de grandeur publiquement observable — entre une et deux dizaines de millions de cartes biométriques émises et un taux d'activation France Identité nécessairement inférieur — suggère que la France aura sa propre version du problème à l'horizon du portefeuille EUDI complet, en 2027.

La leçon transposable : suivre, dans les six prochains mois, le chiffre d'« utilisateurs France Identité actifs avec dérivation possible vers le portefeuille » plutôt que le seul chiffre de téléchargement. Ce n'est pas la même métrique. Pour un commerçant français qui prévoit de mettre en production le portefeuille en 2027, préparer l'activation France Identité auprès de la base existante — par e-mail, à l'automne 2026 — sera plus utile qu'une simple campagne de notoriété sur le portefeuille à la même date.

Pour les pays au-delà

L'IT-Wallet italien s'adosse à SPID et à CIE — une base de plus de 41 millions d'utilisateurs actifs, structurellement un autre point de départ. L'Espagne a le DNI electrónico, dont le taux d'activation effectif est notoirement bas : le déficit d'activation espagnol est, structurellement, plus large que l'allemand. La Hongrie est à l'opposé : l'Ügyfélkapu+ existant est, dans la pratique, un justificatif activé plus fiable que l'eID allemande. L'équivalent hongrois de la question « avez-vous un code qui marche » se situe plutôt vers 60-70 % que vers 18 %.

Pour un commerçant qui sert des clients dans plusieurs États membres, la planification réaliste pour le premier trimestre 2027 met deux colonnes par pays : la cohorte de notoriété et la cohorte de justificatif fonctionnel. Le produit des deux fixe le plafond de conversion atteignable. Tabler uniquement sur la notoriété et découvrir l'activation en février 2027, c'est perdre le trimestre de lancement.

En résumé

Le chiffre Bitkom du 27 avril n'est pas le même récit que celui du 13 avril, recadré. C'est le verrou qui descend dans le tunnel. La notoriété est rattrapable en huit mois par la communication. L'activation suppose que chaque utilisateur, individuellement, à son rythme et face à une administration publique en arriéré, fasse exister un justificatif fonctionnel sur un téléphone précis avant une date précise. C'est un problème de logistique, pas de marketing. Les commerçants qui le traitent comme une partie du périmètre d'intégration et préparent l'activation au quatrième trimestre 2026 arriveront au premier trimestre 2027 avec un tunnel exploitable. Ceux qui attendent que « le public » règle ça tout seul passeront le premier trimestre à regarder une cohorte à forte intention buter sur l'étape PIN.

À huit mois du lancement, le choix tient en deux mots : préparer ou découvrir.

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